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Too-International-to-Fail : la BCE garde-fou du système bancaire européen ?
Marius A. ZOICAN

« Too international to fail? » Cette question revient au-devant de l’actualité en ce début 2016 où les banques européennes sont soumises à nouveau à de fortes turbulences. Marius Andrei Zoican (Université Paris-Dauphine) et Lucyna Anna Górnicka (Fonds Monétaire International), se posent cette question dès 2013, alors qu’ils préparent leurs thèses avec la perspective de l’entrée en vigueur de l’Union bancaire européenne, et notamment du Mécanisme de résolution unique (MRU), au 1er janvier 2016. Dans leur étude « Too-International-to-Fail? Supranational Bank Resolution and Market Discipline », ils testent en avant-première l’efficacité de l’Union bancaire européenne.

L’Europe se protège contre le risque systémique. Depuis le 1er janvier 2016, avec l’entrée en vigueur du Mécanisme de résolution unique (MRU), deuxième pilier de l’Union bancaire européenne, ce n’est plus la banque centrale d’un pays de la zone euro ou le gouvernement de ce pays qui décide de sauver une de ses banques nationales en défaut mais la Banque centrale européenne (BCE).

Un système vertueux…

« Aujourd’hui, résume Marius A. Zoican, si la banque d’un pays membre de l’Union bancaire européenne fait défaut, elle n’est plus laissée au bon vouloir des Etats ou de ses actionnaires et créanciers. Désormais, c’est à la BCE que revient la capacité d’y injecter des liquidités pour éviter le risque de contagion d’un pays à l’autre. Elle joue ainsi le rôle de super-régulateur européen en lieu et place des régulateurs nationaux que sont les banques centrales nationales. »

Pour comparer les deux hypothèses de résolution de crise – avec le superviseur européen ou avec des régulateurs nationaux – les auteurs ont développé un modèle mathématique qui simule le comportement de deux pays avec chacun une banque. Basé sur la théorie des jeux, ce modèle simule l’interaction stratégique de la banque X et de la banque Y, dans le cadre d’un système à 2 régulateurs nationaux et 4 joueurs (les 2 régulateurs + les 2 banques), ou d’un système à 1 super-régulateur et 3 joueurs (le super-régulateur + les 2 banques). Chaque joueur est censé avoir un comportement stratégique et analyser le risque de ses décisions, en prenant en compte les décisions des autres.

… Mais un effet pervers 

Les co-auteurs font tourner leur modèle sur le logiciel de calcul formel Mathematica. « Il apparaît alors que le superviseur européen, par ses interventions appropriées, remplit bien sa fonction de régulateur du système bancaire en cas de crise. Sa limite est que certaines banques, s’estimant bien protégées par ce filet de sécurité, adoptent un comportement non stratégique, non respectueux des standards prudentiels, en prenant des positions sur des actifs opaques et complexes tels que des produits structurés ou dérivés. C’est un effet pervers du MRU qu’il ne faut pas sous-estimer. »

Too international to fail ?
Le seul Mécanisme de résolution unique, s’il avait existé fin 2015, n’aurait pas empêché plusieurs banques italiennes, positionnées sur des produits douteux, de se trouver au bord de la faillite. C’est pourquoi Marius Zoican et Lucyna Górnicka prônent un système hybride où coexisteraient un mécanisme de résolution européen et des régulateurs nationaux. « Leur combinaison préviendrait le risque d’insolvabilité tout en ne créant pas d’incitations à la prise de risque. »

APPLICATIONS OPÉRATIONNELLES
Le modèle de Marius A. Zoican et Lucyna A. Górnicka met en évidence le rôle stabilisateur d’un superviseur supranational. Il permet de définir des standards de comportement stratégique et de vérifier que les banques ne s’exposent pas de manière inconsidérée aux risques. Il peut également s’avérer utile pour décider des contributions des différents pays à l’Union bancaire européenne.

D’après l’article « Too-International-to-Fail? Supranational Bank Resolution and Market Discipline. » publié dans Journal of Banking and Finance  en 2016

Marius A. Zoican est Maître de conférences en finance à l’Université Paris-Dauphine et membre de DRM- Finance, Docteur en finance (Université d’Amsterdam et Institut Tinbergen), il oriente ses recherches vers les microstructures des marchés financiers, l’intermédiation financière et la régulation. Il a publié ses travaux notamment dans le Journal of Banking and Finance pour lesquels il a reçu de nombreux prix.


Bibliographie

  • Zoican M. A., Górnicka L. A., 2016. Too-International-to-Fail? Supranational Bank Resolution and Market Discipline. Journal of Banking and Finance, January, Volume 65, April pp. 41–58
  • Avgouleas, E., Goodhart, C., 2015. Critical reflections on bank bail-ins. Journal of Financial Regulation 1, 3–29.
  • Engle, R., Jondeau, E., Rockinger, M., 2015. Systemic risk in Europe. Review of Finance 19, 145–190.
  • Kara, G. I., 2013. Systemic risk, international regulation, and the limits of coordination. FED Board Finance and Economics Discussion Series 87, manuscript.
  • Schoenmaker, D., Wagner, W., 2013. Cross-border banking in Europe and financial stability. International Finance 16.
  • Allen, F., Carletti, E., Gimber, A., 2011. Banking Union for Europe: Risks and Challenges. London, Centre for Economic Policy Research.
  • Allen, F., Carletti, E., Gale, D., 2009. Interbank market liquidity and central bank intervention. Journal of Monetary Economics 56, 639–652